En bref: le Triphala est une association fixe de trois fruits séchés, dont chacun est orienté par la tradition vers un Dosha différent, ce qui explique que l'Ayurveda classique le considère comme adapté à presque toute constitution plutôt qu'à un seul type de personne.

Trois fruits, une seule formule

Le nom dit exactement ce qu'il est. Tri, trois. Phala, fruit. Haritaki (Terminalia chebula), Bibhitaki (Terminalia bellirica) et Amalaki (Emblica officinalis), séchés, dénoyautés et réduits en poudre fine selon des proportions fixes. Seule la pulpe est utilisée, les noyaux étant séparés avant la mouture, de sorte qu'un ratio indiqué sur une étiquette se rapporte à la pulpe transformée et non au fruit entier.

Ce qui rend cette association inhabituelle dans l'Ayurveda classique, c'est sa symétrie. À chacun des trois Doshas, les principes fonctionnels par lesquels l'Ayurveda décrit le comportement du corps, correspond un fruit que la tradition lui destine. Le Haritaki est le fruit que la tradition oriente vers Vata, le principe du mouvement, de la sécheresse et de la légèreté. Le Bibhitaki est orienté vers Kapha, le principe de structure, d'humidité et de cohésion. L'Amalaki est orienté vers Pitta, le principe de la chaleur et de la transformation. Chaque fruit agit contre les qualités du Dosha auquel il est destiné plutôt qu'il ne les partage, ce qui explique que le fruit de Kapha soit lui-même sec et léger. Orienter une formule vers un seul Dosha, et la proposer à un seul type de constitution, est le schéma le plus courant. Le Triphala est décrit comme tridoshique, ce qui signifie en pratique qu'un praticien n'a pas besoin d'établir la Prakriti d'une personne, son type constitutionnel, avant de le suggérer.

Ce qu'apporte chaque fruit

Haritaki

Les textes classiques placent le Haritaki en premier parmi les trois et le décrivent comme portant cinq des six saveurs, toutes sauf lavana, la saveur salée. Sa saveur dominante est kashaya, astringente. Il est ushna, échauffant, en potentialité. Le Haritaki est utilisé comme plante simple aussi bien qu'au sein de la formule, et il est vendu seul sous la forme de poudre de Haritaki.

Bibhitaki

Là où le Haritaki porte plusieurs saveurs à la fois, le Bibhitaki est kashaya presque sans réserve, et c'est à lui que le Triphala doit l'essentiel de son astringence caractéristique. Il est ushna, échauffant, en potentialité, et il se résout en une saveur sucrée une fois digéré. Ses qualités classiques sont la sécheresse et la légèreté, et c'est le fruit que la tradition oriente vers Kapha.

Amalaki

L'Amalaki, plus connu sous le nom d'Amla, est à dominante acide et shita, rafraîchissant, en potentialité, ce qui compense la chaleur des deux autres. Il apparaît à de nombreuses reprises dans les chapitres consacrés au Rasayana dans la littérature classique et, comme le Haritaki, il est également employé seul, sous la forme de poudre d'Amla. Le Rasayana est la catégorie des préparations traditionnellement prises sur de longues périodes plutôt que de façon occasionnelle, et la tradition y range le Triphala lui-même.

Astringent sur la langue, sucré après la digestion

L'Ayurveda lit une substance selon trois axes: rasa, la saveur perçue immédiatement sur la langue; virya, sa potentialité une fois qu'elle agit; et vipaka, la saveur en laquelle elle se résout après la digestion. Le Triphala est intéressant parce que les trois lectures divergent. Sur la langue, il est franchement astringent avec une pointe acide, et pourtant son vipaka est madhura, sucré. Une substance dont la saveur assèche mais qui se résout en sucré est classiquement comprise comme nourrissante plutôt que comme appauvrissante, ce qui explique que le Triphala relève de la catégorie Rasayana et non des préparations purement asséchantes.

Parce que le Haritaki et le Bibhitaki sont échauffants tandis que l'Amalaki est rafraîchissant, la potentialité de l'ensemble est douce plutôt que nettement chaude ou froide, ce qui rend un usage quotidien raisonnable. Le Triphala a été pris en petite quantité, sur de longues durées, dans le cadre de la Dinacharya, la routine quotidienne que l'Ayurveda tient pour plus déterminante que n'importe quelle mesure ponctuelle.

Comment le Triphala se prend traditionnellement

Le véhicule classique est l'eau chaude. Environ trois à six grammes du Churnam, la forme en poudre, sont délayés dans une tasse d'eau chaude et pris le soir, une heure ou deux après le dernier repas de la journée. Certains praticiens préfèrent le matin à jeun, et certains laissent la poudre macérer dans l'eau toute la nuit avant de boire le liquide filtré, ce qui adoucit considérablement l'astringence.

L'anupana, la substance dans laquelle une préparation est portée, est choisi délibérément en Ayurveda et ne relève pas du goût. L'eau chaude est le choix neutre. Le miel est employé lorsque l'on recherche un effet plus léger et plus asséchant. Le ghee est employé lorsque l'on recherche l'inverse, et c'est la logique qui sous-tend le Triphala Ghritham, dans lequel les fruits sont travaillés dans une base de ghee au lieu d'être présentés sous forme de poudre sèche. Un Ghritham se comporte différemment d'un Churnam même lorsque les plantes sont identiques, car l'Ayurveda considère que le médium conduit la préparation vers des tissus différents. Si les préparations à base de ghee vous sont nouvelles, notre guide sur le choix et l'achat du Ghritham en Europe indique ce à quoi prêter attention.

Poudre ou gélules

Ce choix est moins anodin qu'il n'y paraît. L'Ayurveda considère que le rasa, la saveur, participe de la manière dont une préparation agit, car la langue perçoit une substance avant l'estomac et Agni, le feu digestif, commence à réagir dès cet instant. Suivant ce raisonnement, la poudre est la forme la plus complète. La poudre de Triphala offre le contact astringent entier et vous permet d'ajuster la quantité d'une pincée plutôt que d'une unité entière.

L'argument contraire, en toute honnêteté, est qu'une préparation que personne n'avalera n'a aucune tradition derrière elle. Les gélules de Triphala contiennent une quantité mesurée et réduisent la prise du soir à quelques secondes. La lecture pratique: la poudre là où quelqu'un s'en servira réellement, les gélules là où il ne s'en servira pas.

Ce qui distingue un Triphala bien préparé

Les trois fruits sont couramment associés à parts égales en poids, même si certaines traditions accordent plus de poids à l'Amalaki. L'un et l'autre se défendent, mais le ratio devrait être indiqué plutôt que laissé dans le vague.

  • Pulpe uniquement. Le noyau moulu avec la pulpe atténue à la fois la couleur et la saveur.
  • Couleur. Un bon Churnam est d'un brun moyen chaud. Une poudre pâle mérite d'être questionnée.
  • Saveur. Elle doit être franchement astringente et légèrement acide. Une saveur plate et poussiéreuse signifie que la poudre attend depuis trop longtemps.
  • Mouture. Fine et régulière, sans fragments visibles.
  • Conservation. À l'abri de l'air, de la lumière et de l'humidité. Un fruit réduit en poudre reprend l'humidité rapidement et s'agglomère dès qu'il l'a fait.

Précautions pratiques

Le Triphala est un complément alimentaire et ne remplace pas un avis médical. Si vous êtes enceinte ou allaitante, si vous prenez un traitement quelconque ou si vous présentez une affection en cours, parlez-en à votre médecin ou à un praticien qualifié avant de commencer un nouveau complément. Commencez en dessous de la quantité classique et restez-y une semaine ou deux. Une formule destinée à des années d'usage n'est pas améliorée si l'on en prend deux fois plus le premier mois.

Les lecteurs qui constituent une véritable armoire ayurvédique plutôt que d'essayer une préparation isolée trouveront peut-être dans nos guides consacrés au Haridra, l'usage classique du curcuma et au Brahmi une suite judicieuse, puisque l'un et l'autre accompagnent le Triphala dans de nombreuses routines traditionnelles.

Questions fréquentes

Quel goût a le Triphala?

Fortement astringent avec un fond acide, plus proche d'un thé noir très fort ou d'un kaki non mûr que de quoi que ce soit de sucré. L'astringence est le propos et non un défaut. L'eau chaude plutôt que froide le rend plus facile, de même qu'une macération d'une nuit suivie d'un filtrage.

Est-il important de le prendre à la même heure chaque jour?

La tradition tient la régularité pour la moitié la plus déterminante de la consigne, puisque le Triphala appartient au versant lent et répétitif de l'Ayurveda plutôt qu'à ce que l'on prend au besoin. Une heure fixe qui convient à votre journée vaut mieux que l'heure théoriquement meilleure que vous manquez sans cesse.

Quelle quantité de Triphala faut-il prendre?

Trois à six grammes du Churnam par jour représentent environ une cuillère à café rase, prise en une seule fois; les gélules sont dosées à l'unité sur l'étiquette. Commencez par la quantité la plus basse et, lorsqu'un praticien a ajusté la quantité pour une personne donnée, cette consigne prime sur tout chiffre général.

Le Triphala peut-il être pris tous les jours, et pendant combien de temps?

Un usage quotidien sur des périodes prolongées est le schéma classique plutôt que l'exception, ce qui distingue une préparation Rasayana d'une préparation occasionnelle. La pratique traditionnelle procède souvent par blocs de deux ou trois mois avec une pause entre eux. Quiconque entend l'utiliser de façon continue plus longtemps devrait le faire avec un praticien qui connaît son cas.

Le Triphala Churna est-il la même chose que la poudre de Triphala?

Oui. Churnam, parfois écrit churna, désigne simplement une préparation en poudre en Ayurveda. Triphala Churnam et poudre de Triphala désignent la même chose, et vous verrez les deux sur les étiquettes.